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La Vierge de Kerluan

On y croyait sans trop y croire... Une Vierge au sein jugé impudique, enterrée dans la chapelle de Kerluan. Une statue qui aurait traversé la Révolution et subi l’incendie de 1805. Elle était aimée et vénérée. Mais en 1900, certains fidèles la jugèrent indécente et l’abbé Alfred Le Roy, curé de Châteaulin, décida de la remplacer par une vierge en plâtre. Mais cette nouvelle ne fit pas l’unanimité et le peuple se révolta. En effet, c’est devant cette statue que les ancêtres avaient priée… De vieilles dévotes allèrent jusqu’à prédirent que le jour où l’on descendrait la statue de son trône, le tonnerre gronderait et réduirait les profanateurs en cendre…

La paroisse dispose d'un document daté du 7 juillet 1900, signé d'Alfred Le Roy, curé archiprêtre de Châteaulin :

"Le samedi 7 juillet 1900, en présence de Jean L'Haridon fabricien, de Messieurs Jézégou, Mével et Caroff, vicaires de Châteaulin, au milieu d'un grand concours de fidèles, je soussigné curé archiprêtre de Châteaulin, ait béni solennellement, avec l'autorisation de monseigneur l'Evêque, la nouvelle statue de N.D. de Kerluan, représentant la Vierge Mère allaitant son Enfant Divin, qui remplace l'ancienne image brisée en 11 morceaux pendant la Révolution, restaurée grossièrement ensuite, et elle-même reproduction grossièrement travaillée de l'image de N.D. de Kergoat en Quéméneven.

L'ancienne statue a été enterrée en morceaux sous le nouveau piédestal en granite, don de M. et Mme Armand Gassis.

La nouvelle statue est en terre cuite, et sort des ateliers de M. Cachat Froc de Paris. Elle reproduit à peu près le tableau vénéré à Sienne sous le nom de la Madonna della neve, et l'image du Halthez de Tours.

En même temps j'ai bénit une petite statue du même modèle, en carton pierre (?), destiné à être porté en procession."

La statue, qui mesure 1,45 m et qui était enterrée sous le retable, a été mise à jour le 8 février 2007 :
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... et après remise en place des différents morceaux :

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Châteaulin, chapelle Notre-Dame de Kerluan

Découverte d’une statue de Vierge allaitante

Les vols assortis d’actes de vandalisme commis à la chapelle Notre-Dame de Kerluan, à Châteaulin, la veille de la Toussaint 2006, ont eu pour conséquence inattendue l’exhumation d’une statue ancienne de Vierge allaitante. On connaissait, certes emportée par les malfaiteurs, la Vierge à la figue du chœur, volée puis retrouvée. On vénérait aussi dans le bras nord du transept, dégradée lors du larcin, la Vierge à l’enfant honorée par quarante ex-votos dont l’un fort émouvant : Merci / à N. D. de Kerluan / dans la nuit / du 18 Jet 1937. On évoquait, mais sans plus une troisième statue de la Mère de Dieu. Mystérieuse on la savait bien enfouie quelque part dans le sol de la chapelle, mais la mémoire des habitants du quartier n’en disait rien de plus. S’entretenait, néanmoins, au sein de l’Association qui s’occupe fidèlement du sanctuaire, le souhait de voir une fouille la faire réapparaître un jour.

Le jour attendu vient de se lever ! La révélation de l’endroit exact où gisait la statue, mythique mais réelle, est due à l’abbé Jean Andro curé de l’ensemble paroissial. Consultant le « Registre des Installations au presbytère », il relève, en date du samedi 7 juillet 1900, le compte-rendu de la cérémonie de bénédiction de la Vierge du transept, celle justement qui a souffert de l’inconscience vandale : « La nouvelle statue qui est en terre cuite, et sort des ateliers de M. Cachal-Froc de Paris (…) reproduit à peu près le tableau vénéré à Sienne sous le nom de Madona della neve, et l’image du Halthez de Tours. » Par bonheur, le compte-rendu qu’avait rédigé le chanoine Alfred Le Roy, curé-archiprêtre de Châteaulin, apportait une précision fort utile : « l’ancienne statue a été enterrée en morceaux sous le nouveau piédestal en granite, don de Mr et Mme Armand Gassis ».

« Sous le nouveau piédestal ! ». A ceux qui rêvaient de bouleverser le sol de la chapelle, quitte à s’assurer les secours de la radiesthésie, se révélait l’endroit de l’inhumation. On connaît la suite largement exploitée par les mass-media. Le 8 février 2007, les employés municipaux, en présence de Madame Yolande Boyer, maire et sénatrice, se mettaient en devoir, le piédestal enlevé de dégager les morceaux de « l’ancienne image brisée en 11 morceaux pendant la Révolution, restaurée grossièrement ensuite », selon les termes du Registre consciencieusement consulté par l’abbé Andro.

 

 

En pierre de kersanton, format « grandeur nature » à peu de chose près, (H. : 1,45 m, traces de polychromie ancienne sinon primitive), la statue, fracturée certes, mais d’aspect toujours convenable est du XVIe siècle. Belle Vierge allaitante, gorge découverte, mamelle généreuse au mamelon pressé entre l’index et le majeur, elle tient sur le bras gauche l’enfant-Dieu réjoui agitant les bras en attente de mordre le sein. De temps immémorial, sans nullement s’offusquer, les femmes enceintes qui venaient l’invoquer pour obtenir une heureuse délivrance, l’ont ainsi vue, les mères et les nourrices d’appoint l’ont ainsi contemplée pour obtenir abondance de lait.

La Vierge découverte à Kerluan est loin d’être un unicum. Sur une zone relativement restreinte n’excédant pas cinq lieues, on en relève une demi douzaine du même style et datant de ce même XVIe siècle. Parmi les plus célèbres, Notre-Dame de Tréguron, à Gouézec. Vierge assise, un flot de lait coule du sein droit de sa gorge généreuse. Sur le socle : MARIA : PLENNE : DE : GRACE (sic). Moins connue, car plus isolée, assise de même, la statue de la chapelle Saint-Denis à Seznec en Plogonnec en est une réplique quelque peu fruste présentée dans une belle niche encadrée de colonnes torses.

D’autres exemplaires de Vierges allaitantes sont des statues en pied. Notre-Dame de Quillidoaré à Cast, porte sur le bord festonné du corsage, gravé en caractères gothiques le titre fort significatif de NOTRE-DAME DE BONES NOUVE(LLE). Une inscription identique désigne la madone de la chapelle Notre-Dame de Bonne Nouvelle au pied de la cité de Locronan. En revanche, cette Vierge qui a la tête recouverte d’un voile, ne porte pas le large fourreau de tissu qui retient la masse de la chevelure des autres statues de la série. La Vierge allaitante de Lannélec à Pleyben est de la même veine. Son inscription est en caractères romains à échancrures : NRE DE MRI --- (NOTRE Dame de la merci, de miséricorde…). Elle foule au pied la femme serpent qui tient la pomme, le fruit fatal évoqué dans la Genèse. Sur le socle de la niche à volets est peint son titre : NOSTRE DAME DE LANNELEC. Notre-Dame de Kergoat, une production du même atelier se dresse dans son vêtement d’or aux revers rouges, majestueuse sous un dais magnifique dont les chérubins écartent les lourdes draperies. Voilà donc, sous bénéfice d’inventaire, six Vierges allaitantes, plantureuses, splendides et point choquantes, repérées dans le proche voisinage, heureusement épargnées par le marteau révolutionnaire qui s’est acharné sur Kerluan.

La découverte de la Vierge de Kerluan, intéressante du point de vue stylistique constitue, d’un autre point de vue, une pièce à joindre au dossier de l’histoire des choix esthétiques faits par les responsables du culte. On ne l’a guère fait remarquer, préférant s’appesantir de manière fort primaire, sur une réaction de fausse pudeur devant un sein découvert. Il faut savoir que l’intervention du curé Le Roy fut loin de faire l’unanimité des fidèles qui vénéraient sans arrière pensée la statue remise debout, vaille que vaille, après la Révolution. Il y eut des protestations lors de la désaffectation de la statue sur laquelle le chanoine ne porte, on y insiste, de jugement autre qu’esthétique. « Reproduction grossièrement travaillée de l’image de N. D. de Kergoat en Quéménéven », ce sont ses termes. Certes le sculpteur de Kerluan ne s’est pas attaché comme à Kergoat à piquer de perles les liserés du voile et les bords du corsage, ni à garnir les poignets de dentelles. Il adopte une sobriété sculpturale mettant en relief dans leur franche simplicité les plis qui animent les lourds tissus. Le propos d’Alfred Le Roy était de procurer à la chapelle, sinon aux gens, une statue à son goût, dans l’air du temps.

Le chanoine pouvait sans doute faire état de sa qualité de connaisseur, lui qui collaborait au périodique « La Vie et les Arts Liturgiques ». Ses relations avec les bénédictins de Solesmes réfugiés à Quarr Abbey dans l’Ile de Wight, lui ouvraient d’autre part les colonnes de la « Revue Grégorienne ». Autant dire qu’on avait affaire à un spécialiste patenté. Se piquant d’avoir un goût sûr, Le Roy comptait parmi ceux qui savaient que faire pour promouvoir dans le diocèse la décence du culte et quelles directions lui donner sur le point de l’esthétique.

L’inhumation faite à Kerluan en 1900 illustre un second volet du dossier généralement négligé par l’historien de l’art religieux, celui de la « désacralisation » de ces objets qui ont un temps servi au culte. Que faire d’un objet qui ne convient plus, du moins selon des critères dont l’analyse dépasse le cadre de cette notice ? Que faire d’un autel à transformer ou à supprimer, d’une dalle funéraire en déshérence, d’une pièce d’orfèvrerie que le clerc décide, pour une raison ou pour une autre, de ne plus utiliser. Que faire, dans le cas présent d’une statue jugée inadaptée ? A ce sujet les statuts et règlements du diocèse de Quimper publiés en 1710, s’exprimaient sans ambages : « Les images (…) qui ont quelque chose de mutilé (…) seront ôtées prudemment et sans scandale, et cachées sous terre en quelque endroit du cimetière. » Le sol d’une église, qui recevait encore en ce temps-là les sépultures des fidèles, se trouvait donc être fort adéquat pour recevoir la Vierge indésirée.

Le destin de la statue de Kerluan, est loin d’être unique. En témoignent des retrouvailles plus ou moins récentes. A Saint-Urbain, le fossoyeur qui creusait le sol du cimetière pour établir une nouvelle tombe a vu sa pioche heurter une statue d’évêque et une autre de saint Sébastien… A Pleyben, à l’occasion de travaux d’assainissement, dans l’angle nord-ouest extérieur de l’église, on exhume une Vierge à l’enfant que l’on peut voir dans la chapelle ossuaire. A Sizun les éléments d’un calvaire ont été déterrés, sous le marchepied d’un autel par l’entreprise de Georges Le Ber de Sizun, vers la fin de l’année 2004.

Autant de découvertes qui montrent qu’on n’est pas au bout de trouvailles intéressantes plus ou moins spectaculaires.

 

Yves-Pascal Castel

Sources :

H. P. (Henri Pérennès), Le chanoine Alfred Le ROY, (article nécrologique, 1850-1938). «Bulletin diocésain d’histoire et d’archéologie » 1938, p. 89-92.

Le Nouëne, José, « Feiz ha Breiz », notice de 80 p., tirage limité, Evocation des religieux et religieuses de la famille Le Roy.

 

Extrait d'un document intitulé "Histoire de Notre-Dame de Kerluan et récit des choses merveilleuses obtenues par l’intercession de Notre-Dame" provenant des archives de la paroisse de Châteaulin (copie transmise par Guy Leclerc).

Le 20 février 1899, monsieur Le Roy, aumônier du Carmel de Morlaix, fut nommé curé de Châteaulin. Avec lui, une ère nouvelle allait se produire pour la chapelle de Kerluan.

Lisant un jour, quelques notes parues sur la dévotion qu’on avait anciennement à Notre-Dame, dans ce coin de sa nouvelle paroisse, monsieur Le Roy promit à Marie de faire son possible pour lui ramener de nouveaux pèlerins.

En cette année-là, même, il fit venir processionnellement à Kerluan, les paroisses de Saint-Coulitz et de Lothey, au jour du grand pardon.

La fête fut merveilleusement belle. Près de 2000 personnes entouraient la statue vénérée. La quête fut des plus fructueuses. C’était l’encouragement de la population pour (un mot illisible) encore davantage en faveur de Marie.

D’un autre côté, dans le placître qui entoure la chapelle, les arbres plantés, jadis, par M. Lannou avaient prospéré d’une façon assez plantureuse. Monsieur le curé les vendit. La commune voulut d’abord en revendiquer la possession. Mais les titres de propriété conservés aux archives de la paroisse furent produits et les difficultés cessèrent.

Aussitôt, le lambris de la chapelle fut commandé. Pour le Pardon de 1900, il était en place. En cette même année, le placître fut replanté. Et le mur bordant le placître, au nord, était refait. Les ponts et chaussées s’en étaient chargés, en échange d’une bande de terrain qui leur fut accordé pour élargir la route de Quimper.

Le Pardon de juillet 1900, fut encore plus solennel que le précédent. Il s’était ouvert le samedi par le chant des vêpres auxquelles on avait spécialement convoqué les habitants de la paroisse, et surtout, ceux de la ville de Châteaulin. Un cantique avait été recommandé à M. L’abbé Brignou, recteur de Lanneufret. On en distribua près de 600 exemplaires. On chanta devant la statue de N.D. et pendant les processions. Et pour rehausser encore l’éclat du pardon, ma musique du patronage de Châteaulin y vient jouer les plus beaux morceaux de son répertoire.

Cependant, monsieur le curé, pensait depuis longtemps, à remplacer l’image de Notre-Dame de Kerluan, par une autre encore plus belle. La statue qu’on vénérait à la chapelle était absolument sans cachet. De plus la pruderie de notre époque, la considérait comme indécente, et, elle avait ses habits de tous les jours et ses vêtements de dimanche. L’artiste, en effet, avait sculpté la vierge, la poitrine absolument découverte. Ses mamelles paraissaient très protubérantes. Sur son bras gauche, elle tenait son divin fils. De sa main droite, elle comprimait son sein et l’offrait au petit Jésus. Mais l’enfant Dieu détournait la tête d’un air boudeur et dégoûté.

Malgré tout, cette statue était très aimée et très vénérée. C’était devant elle qu’on avait prié et fait ses recommandations à Marie. C’était devant elle qu’avaient prié les ancêtres. Et puis, après tout, elle était un témoin des âges de foi. Elle avait de plus traversé la Révolution et subi comme nous l’avons dit le supplice du feu.

Aussi lorsqu’on apprit qu’on allait la remplacer par une statue nouvelle, le peuple se révolta… Des vieilles dévotes allèrent jusqu’à prédire que le jour où l’on descendrait de son trône l’antique statue de Notre-Dame de Kerluan, le tonnerre éclaterait et réduirait les profanateurs en cendre.

Cependant, monsieur Gassis, l’architecte bien connu avait fait don à Kerluan d’un trône en pierre de Locronan.

Le 2 février 1901, deux ouvriers allèrent de bon matin à la chapelle. Ils descendirent la vieille statue et l’enfouirent sous le trône de la nouvelle. Ils constatèrent alors que l’antique image avait eu à subir plus que le supplice du feu. Elle était en neuf morceaux collés avec du plâtre. Le tout avait été recouvert d’une couche de peinture…. Les archives de Châteaulin ne mentionnent pas ce massacre barbare et sacrilège. Mais on peut supposer qu’après l’incendie de la chapelle de Kerluan, un homme exalté et rendu fou par les théories révolutionnaires aurait pris son marteau pour détruire la statue qu’on y vénérait.

Quoiqu’il en soit, aujourd’hui elle est remplacée par une statue nouvelle, en carton-pierre. La Vierge est représentée donnant le sein à l’enfant Jésus. Elle est très modeste dans cette fonction maternelle. De la poitrine, rien ne paraît. Et sur son sein, le manteau ramené ne laisse voir que la figure de l’enfant Jésus. Marie sur un genoux, suivant la tradition, elle se mettait toujours ainsi pour adorer l’Enfant Dieu pendant qu’elle lui donnait à boire.

Pendant quelques temps, les vieilles femmes pleurèrent et portèrent dans leur cœur le deuil de la vieille image. Mais les morts vont vite… Et aujourd’hui, la nouvelle statue est entourée d’amour, de vénération et de respect, comme autrefois l’ancienne…

 

LEGENDES ET TRADITIONS :

Dans les temps anciens, les habitants de Kerluan, un peu chétifs, et ceux du village voisin, Saint-Coulitz, qui eux étaient de véritables géants, ne cessaient de se bagarrer. Au cours d’une de ces batailles mémorables, la Vierge apparu entre les deux camps. Le combat cessa. Elle leur fit promettre de lui bâtir une chapelle et donna aux kerluanais la force et le courage.

Depuis lors, Notre-Dame de Kerluan donne aux jeunes mères un lait abondant et généreux.

La tradition rapporte que les jeunes mamans allaient se frotter la poitrine avec l’eau de la fontaine afin que les nourrissons soient en parfaite santé

Un jeune homme de Saint-Coulitz, incroyant et septique, voulu un jour mettre en doute les pouvoirs de la Vierge. Il se frotta soigneusement la poitrine avec l’eau de la fontaine. Mal lui en pris : il se réveilla le lendemain pourvu de deux superbes mamelles.

En 1940, les Châteaulinois mirent leur cité sous la protection de Notre-Dame de Kerluan. La ville ne fut pas bombardée. Le pont, point de passage stratégique, ne sauta pas. Ainsi, après la Libération, de nombreux pèlerinages rassemblèrent prisonniers de guerre et déportés pendant de nombreuses années.

Il y a une dizaine d'années, Michel Mazéas, curé de Châteaulin, souhaita faire revivre le pèlerinage à Kerluan. Les lieux avaient bien changé. La fontaine miraculeuse, située en contre bas de la chapelle sur le passage de la voie express, avait été déplacée. Ainsi est née, lors du pardon annuel en juillet, la traditionnelle bénédiction des automobilistes et des voyageurs qui circulent jour et nuit à proximité et qui au passage peuvent admirer la belle chapelle de Notre-Dame de Kerluan. La bénédiction se fait après la messe, au moment de la distribution du gâteau béni et avant le repas du pardon, moment de retrouvailles…

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